Comme pour la Recherche, le sous-investissement est durable et majeur, il menace la compétitivité de la France et offre de sombres perspectives en terme de développement économique et social.

Je reprenais, il y a quelques jours, les conclusions du rapport Education et Croissance. Ce rapport est sorti il y a maintenant deux ans. Ces conclusions sont explicites : pour franchir ce qu’il appelle la « frontière technologique » et passer d’une économie d’imitation à une économie d’innovation porteuse de croissance, il faut dépenser plus pour l’enseignement supérieur. Or, le niveau actuel des dépenses place notre pays dans une situation défavorable au regard des autres pays de l’OCDE. La France consacre ainsi 1,1 % de son PIB au Supérieur contre 2,4 % aux Etats-Unis, 1,9 % au Canada ou 1,7% en Suède. Les conditions de travail des étudiants s’en ressentent : amphis surchargés, taux d’encadrement faibles, sous équipements manifestes. Les résultats scolaires aussi, 25 % des étudiants effectuent effectivement leur DEUG en deux ans !

A cela s’ajoute, en dépit des progrès accomplis depuis trente ans, la persistance d’inégalités fortes en fonction de l’origine sociale dans l’accès aux études, comme dans les chances de réussite. Les jeunes sortant du système éducatif avec le moins de diplôme demeurent les enfants d’ouvrier. L’accès à l’enseignement supérieur reste socialement discriminant, et pose en filigrane la question de l’accompagnement social des étudiants. L’état des lieux est préoccupant . La précarité en milieu étudiant, les difficultés de logement, l’inégalité dans l’accès aux soins sont des réalités tangibles. Si la population couverte par le système d’aide sociale a cru de façon importante depuis 1998, le niveau actuel des bourses demeure faible et en tous les cas insuffisant si l’on en croit le développement du salariat étudiant à concurrence des études.

En outre, pris dans son ensemble, le système d’accompagnement social des étudiants est peu redistributif. Les prestations sous conditions de ressources (bourses) sont en effet minoritaires puisqu’elles ne représentent qu’un tiers des aides versées aux étudiants. A l’inverse, les aides au logement ainsi que les déductions fiscales attachées au quotient familial apparaissent globalement anti-redistributives. Cela revient à dire que les étudiants ayant le plus besoin d’un soutien financier ne profitent pas prioritairement du dispositif en place.

La perspective des élections offre l’occasion de repenser un système d’enseignement supérieur socio-économiquement efficace et socialement juste. Je crois qu’un effort tout particulier devrait être fait en matière d’accompagnement social des étudiants, en augmentant le nombre des bourses de formation à l’étranger, en contribuant à l’élaboration d’un plan national du logement étudiant, en favorisant l’information et l’orientation, en contribuant, enfin, à l’amélioration des conditions de travail des étudiants, par le développement des NTIC à l’Université par exemple.

La rôle de l’innovation dans la croissance requière un effort de formation de plus en plus élevé. Les dépenses d’éducation doivent être une priorité économique et sociale c’est-à-dire d’abord une priorité budgétaire. Sans attendre le gouvernement actuel doit être rappelé à ses devoirs : les investissements dans le Supérieur d’aujourd’hui sont la croissance et les emplois de demain.

(Mea culpa, encore un peu techno, d'accord...)