- Washington DC -

USAGrâce aux rues à angle droit et numérotées, le repérage géographique y est, comme dans toutes les villes américaines, relativement simple : il suffit de compter les blocs. A se demander si cette standardisation de l'Amérique qui permet de se repérer partout n'est pas la clef de la mobilité sur le territoire: dans tous les Etats, le déraciné retrouvera une 12e et une 13e rue, une avenue A et une avenue B...

Quant au repérage culturel, c'est une autre histoire : chaque rencontre, tout en nous en apprenant un peu plus sur l’Amérique et les Américains, nous a surtout laissés plus perplexes. D'une introduction aux valeurs et croyances américaines est ressortie cette idée que l'Amérique d'aujourd'hui serait la somme de deux héritages : la libération (sexuelle, féministe...) des sixties et le moralisme des 80's.

En politique par exemple, si des transactions sont possibles sur le rôle de l'impôt ou des Nations Unies, dès qu'il s'agit de l'avortement ou du mariage gay en revanche, le compromis est impensable : chacun est persuade d'incarner une vision révélée du futur américain dont l'autre menacerait l'existence même....

Moi qui avait soif de découvrir les clivages et les contradictions américaines, j'ai été servie: quel est cet étrange pays où l'on peut passer 7 jours dans une ville à 75% afro-américaine (Washington DC) et n'en rencontrer cependant aucun dans les innombrables meetings professionnels organisés pour nous ? Ce pays où l'on parle d'ériger un mur le long de la frontière mexicaine pour mieux refouler les immigrants, mais où dès lors que l'immigrant a réussi et qu'il peut énoncer combien il gagne, plus personne ne s'intéresse à ce que font ses parents ou à son pays d'origine...

Ce pays sans cesse partagé entre un égalitarisme absolu et une vieille culpabilité des WASPS envers les minorités de couleur. Je savais que l'affirmative action était monnaie courante de ce côte-ci de l'Atlantique. Ce que j'ignorais en revanche, c'est que suite à de nombreux procès intentés par des blancs pour rupture de l'égalité des chances, depuis 1978, l'affirmative action fondée sur des quotas est prohibée. En revanche, parce qu'il est juste qu'une Université "diversifie" son recrutement, elle peut retenir le critère de "diversité" au même titre que des critères traditionnels de mérite tels que les notes ou les succès sportifs pour admettre un étudiant....

Si le but de l'affirmative action était de faire apparaître une élite noire, celle ci est bien apparue, symbolisée par Colin Powell et Condoleeza Rice. Mais, d'une part il se trouve des noirs (conservateurs) pour critiquer ce système qui selon eux perpétuerait la supériorité et le paternalisme des blancs. D'autre part, il subsiste un noyau dur d'un tiers de pauvres marginalisés pour qui l'affirmative action n'est d'aucune utilité...

- Wilmington, North Caroline -

Direction l'aéroport : des files d'attente insensées, des retards de vols et des pertes de bagages "so usual'.

Wilmington, Caroline du Nord. Pour ceux qui connaissent cette série, c'est là qu'a été tourné "Dawson's Creek". Paysages de rêve à perte de vue, plages de sable fin, maisons individuelles avec jardins à n'en plus finir... "Est ce que tout le monde est riche ici ?" c'est la question que nous avons posé au Maire de la Ville. Ce dernier, fils d'une immigrée grecque, nous arrête : il y a bien des pauvres ici malgré un taux de chômage proche de 0. Et nous finirons en effet par les voir ces pauvres, à 99% des familles noires enclavées dans une zone de la ville où les maisons sont plus petites et plus défraîchies... Apres avoir pratiqué si longtemps la ségrégation raciale légale, le Sud semble continuer de la pratiquer de facto. Elle est notamment favorisée par un régime de copropriété où les actionnaires des immeubles doivent agréer les candidats au logement.

Des drapeaux, partout. La guerre en Irak et le soutien patriotique aux troupes les ont multipliés. Mais ces drapeaux ne semblent pas belliqueux. Ils disent juste la fierté d'appartenir à la nation américaine.

A Wilmington, nous ne vivons pas a l'hôtel, mais chacun dans une famille d'accueil. Merveilleux. L'occasion de vivre leur vie, vraiment. Eglise pour tous le dimanche matin à 8 heures. Il en existe pour tous les goûts: catholique, épiscopalienne, scientologiste.... Il parait qu'on trouve aux Etats Unis un lieu de culte pour 800 habitants... une densité unique au monde. 97% des Américains disent croire en dieu, et tant d'entre eux estiment avoir rencontre le Christ... Si je n'ai pu m'expliquer ce mysticisme, j'ai en revanche pu constater combien les églises reflètent la composition sociale de leur quartier, et combien elles assurent la vitalité du lien social : charité, voyages organisés, échanges de services...

La ville de Wilmington est dirigée par une coalition démocrates / républicains (!) Le Maire est démocrate et son premier adjoint républicain. Bien que cette situation soit inhabituelle, il faut reconnaître qu'il y a entre les démocrates et les républicains américains davantage de proximité qu'entre la droite et la gauche française (du moins tant qu'on évite les débats "moraux" cf plus haut...).

Aux USA, les deux partis reconnaissent la validité de l'économie de marché. De fait, le socialisme semble ne pas exister outre atlantique. Sans doute parce qu'on y attend si peu de l'Etat. La solidarité s'organise sans lui, autour de fondations caritatives auxquelles la plupart des citoyens contribuent, d'associations de "volunteers" qui fournissent nourriture, vêtements et toit pour les plus pauvres. Quant a l'hôpital, qui coûte une fortune, il existe à Wilmington un service ou médecins et infirmières exercent bénévolement pour les "déshérites".

- Atlanta, Georgie -

Atlanta, enfin une ville où l'élite et la classe moyenne sont à l'image de la population : Le maire est une femme, noire, comme le sont la plupart des politiciens (depuis 1974, tous les maires sont noirs !). Celle d'Atlanta a récemment été classé comme l'une des 10 meilleurs maires du monde.

La ville de Martin Luther King et de CNN est aujourd'hui surtout celle de Coca cola, celle d'un capitalisme effréné, tempère par une politique intelligente de la mairie : En plein centre ville, dans les locaux d'une ancienne prison, s'est construit un gigantesque centre d'accueil et de réinsertion des sans abris, absolument extraordinaire. Eh bien figurez vous que si la mairie a mis les locaux à disposition, ce centre est entièrement financé par les entreprises. Pourquoi cette générosité ? Parce que ville de congrès, Atlanta pourrait souffrir de l'image des sans abri livrés à eux-mêmes en son centre. Trouver des intérêts convergents, telle est la clef du succès du partenariat public- prive aux US.

Derrière ce succès, subsistent des réalités incompréhensibles pour le pays le plus riche du monde. Les ghettos encore et toujours ( j'ai eu la chance d'accompagner une patrouille de police dans des quartiers aux allures de tiers monde) et le poids des communautés et des comportements communautaires aussi... Incroyable mais vrai, la fondation de Jane Fonda (G-CAPP) en lutte contre les grossesses adolescentes comptabilise une adolescente (13-17 ans) latino sur 7 touchée par ce phénomène !

Voilà pour mes premières étapes US, je vous ai livré sans beaucoup de recul mes premières impressions. J’aurais l’occasion de poursuivre la réflexion plus tard avec vous. Il me faut digérer tout cela. L’expérience est en tous les cas très enrichissante.



A bientôt.