Non, le malaise que je ressens est celui qu’on éprouve devant la démagogie la plus grossière, celle qui fait le pari de l’ignorance de ceux à qui on s’adresse, celle qui en méprisant les électeurs fait le pari de la confusion, de la dissimulation et de la tromperie.

Car Nicolas Sarkozy n’ignore pas que Jaurès et Blum, tant par leur action que par leurs écrits, leurs doctrines politiques et leur situation dans l’histoire des idées, ne sont pas solubles dans le corpus idéologique qui est le sien.

Il n’hésite d’ailleurs pas à dire, avec la même verve démagogique, que cet héritage complexe du socialisme français nourri de l’idéal marxiste révolutionnaire d’une part, de l’idéal républicain et de l’exercice du pouvoir d’autre part, est responsable de toutes les tragédies du 20e siècle.

Je sais bien qu’en matière de confusion idéologique et d’approximations historiques, plus c’est gros, plus ça passe, mais là, je crois que l’élève a dépassé tous ses maîtres.

Pour revenir à mon sujet, je veux souligner que le Parti Socialiste, lui-même, fait le plus souvent preuve d’une noble délicatesse dans l’utilisation de cet héritage entré au Panthéon de la Nation, par exigence de vérité, par souci moral de montrer son vrai visage, et d’assumer pleinement ses idées d’aujourd’hui.

C’est là, dans cette attitude honnête, responsable et courageuse d’un discours politique qui respecte celles et ceux à qui il s’adresse, que se trouve la part d’héritage de Jaurès et de Blum dont nous pourrions tous nous réclamer aujourd’hui, que l’on soit de gauche ou de droite.

Je vous propose donc d’écouter Léon Blum un instant, avec un extrait de son discours de 1946 au Congrès de la SFIO :

« Vous avez peur des électeurs, peur des camarades, peur de l’opinion, peur de l’échec. Et s’il y a eu altération de la doctrine, déviation, affaissement, ils sont là, ils sont dans la façon timorée, hésitante dont notre doctrine a été présentée dans les programmes électoraux, dans la propagande électorale.

Il y a un an, ici, je vous suppliais de vous montrer aux élections avec votre vrai visage. Je vous disais : « Je vous en supplie, effrayez plutôt que de duper. Ne dissimulez pas le véritable visage du socialisme. Exagérez-le encore, plutôt que de le masquer. »

C’est bien à cela que j’appellerais volontiers Nicolas Sarkozy : « Je vous en supplie, montrez-vous aux élections avec votre vrai visage, ne dissimulez pas le véritable visage de la droite française que vous incarnez. »

Sinon, ce ne sont pas quelques femmes et hommes de gauche pris au piège de la démagogie qui auront été trompés, mais tous les électeurs français. Ceux, par exemple, qui excédés par tant de duplicité, auront perdu toute foi dans le discours politique, et ne seront pas allés voter.