J’ai eu l’occasion de discuter récemment avec plusieurs mères de famille de ces questions et de prendre la mesure de leurs difficultés. J’ai également eu des échanges très riches et très utiles avec des spécialistes de la question ; je voudrais revenir sur ce sujet qui est au cœur des préoccupations des femmes, des mères comme de celles qui souhaitent le devenir.

Un premier constat, la nécessité d’investir dans la petite enfance ne semble plus débattue que dans notre pays ! Une expérience célèbre aux Etats-Unis, le Perry Preschool program, réalisée depuis les années 1960 par les économistes les plus renommés, a montré qu’un euro investit pour un enfant de un à trois ans rapporte sur toute sa vie l’équivalent de 7 euros.

Investir plus, c’est aussi mieux s’organiser. Nos modes de prise en charge de la petite enfance ont été construits en empilant des dispositifs financés sur queues de crédits, ceux que l’on supprime en fin d’année et que l’on empile bon gré mal gré les bonnes années. 15% des enfants de moins de trois sont gardés dans des crèches. Ces établissement que les communes gèrent le plus souvent, sont financés par l’action sociale des CAF, dans des conditions peu transparentes. La profession d’assistante maternelle, qui couvre 25% des besoins, est à peine structurée par les agréments délivrés par la PMI départementale. Reste les autres, c’est soit l’école maternelle, à partir de 2 ans, quand une classe est ouverte, soit la débrouille. 40 % des enfants de moins de trois ans non scolarisés sont gardés principalement par leur mère, 14 % par leurs grands-parents, 2 % par une garde à domicile rémunérée, 2 % par une nourrice non agréée (au noir) ; les autres arrangent diverses solutions, dont les apports des solidarités de voisinage.

Cruellement insuffisante, l’offre de garde est aussi souvent inadaptée. Près de 30 % des parents déclarent ne pas avoir accès au mode de garde désiré. C’est tout particulièrement le cas des parents qui considèrent la crèche comme le mode de garde le plus satisfaisant. Et quand bien même, l’offre est celle souhaitée, que dire des horaires des crèches trop souvent en décalage avec les emplois occupés ou du temps de transport nécessaire dans les grandes villes pour aller déposer son enfant dans une crèche d’entreprise… J’imagine que beaucoup d’entre vous partageront ce constat : tout se passe comme si la France avait organisé à ses enfants une immense galère collective pour chaque matin.

A ces carences de l’offre, s’ajoutent une discrimination sociale manifeste : ce sont les plus pauvres qui supportent l’essentiel de cette incurie. Seuls 5% du quart des enfants les plus pauvres ont accès à un mode de garde collectif. Les deux tiers sont contraints d’être gardés à la maison. Alors que la France investit chaque année près de 8Mds€ pour faire garder ses jeunes enfants, le rapport Hirsch montre que l’essentiel de cette dépense est affectée aux ménages les plus aisés. En particulier, il peut paraître normal d’affecter en priorité des places en crèche aux parents qui travaillent, mais en se fixant arbitrairement ce critère, les commissions d’attribution se privent souvent de donner une véritable seconde chance aux mères au foyer, notamment aux femmes seules, qui ne peuvent dans ces conditions rechercher un emploi.

En outre, le bénéfice d’un congé parental rémunéré, dont le montant est relativement élevé (521 euros à taux plein) et la durée longue (3 ans), pêche en ne prévoyant pas les modalités d’un retour à l’emploi et éloigne parfois durablement du marché du travail des jeunes mères peu qualifiée. Une étude de Thomas Piketty (vous avez sans doute lu certains de ces articles dans Libération) avait montré en 1998 que cette prestation entraînait un nombre important de retraits du marché du travail (150000), essentiellement peu qualifiés.

Selon une étude de Dominique Meda, plus de 60% des femmes qui ont ainsi arrêté de travailler ont mis en avant des raisons liés aux modes de garde (12%), aux conditions de travail (28%), voire au deux (21%). Et la France continue de défendre devant les institutions européennes sa priorité pour la hausse du taux d’emploi des femmes ! ! !

C’est parce que je suis convaincue que ce thème de la petite enfance doit être au cœur de la campagne électorale comme il est au cœur des préoccupations des parents, que j’ai fait de la création d’un service public de la petite enfance, l’un de mes thèmes de campagne.

Le parti socialiste a faite sienne l’idée du service public de la petite enfance en offrant dès 2 ans, une série de services coordonnés qui sont aujourd’hui dispersés et dont les familles les plus en difficultés ne bénéficient pas toujours : des structures de crèches, des assistantes maternelles, des aides médicales, des aides pédagogiques. Je me réjouis de cet engagement auquel j’adhère à 100%. J’ajouterai que mes réflexions et mes échanges me conduisent également à appuyer l’idée d’une augmentation importante et harmonieuse de l’offre de garde tant collective qu’individuelle, de façon à proposer aux usagers un service plus accessible, plus juste socialement, plus professionnel et plus adapté à leur situation des femmes.

Pour cela, je défends en particulier la nécessité :

  • de créer dans les 10 prochaines années 200 000 places en crèches ;
  • de réformer la procédure d’agrément des assistantes maternelles pour engager ces métiers dans la voie d’une véritable professionnalisation (j’ai pu mesurer l’inquiétude de nombreuses mères pour leur bébé) et d’ouvrir cette procédure aux nounous qui le souhaitent et suivent un parcours de validation de leurs acquis, car je sais aussi les qualités de nombre d’entre elles ;
  • d’ouvrir et de développer les places en crèche dans les établissements fonctionnant 24 heures sur 24 (notamment les hôpitaux et maisons de retraite…) aux familles dont les horaires de travail sont atypiques ;

Je crois aussi utile de tenir compte de la situation particulière des femmes et :

  • de proposer aux mères qui le souhaitent une formule de congé parental d’un an indemnisé non plus à travers une prestation forfaitaire potentiellement éloignée dans son montant du revenu perçu, mais fonction du salaire auquel la femme doit renoncer ;
  • d’engager au sein du service public de l’emploi un programme national de soutien au retour à l’emploi des mères monoparentales ;