Je pense à la révolution numérique, à l’essor culturel des grandes villes et des régions françaises ainsi qu’à la mutation sans précédent des industries de la culture à travers le monde.

Je pense aussi à la place de la culture à l’école, dans les lycées, dans les universités, et à ce que la sociologie nous apprend sur l’écart entre les discours et la réalité des pratiques culturelles de nos concitoyens.

Je pense enfin à la part et au rôle que nous voulons respectivement donner aux financements publics et privés dans nos institutions culturelles, à la lumière, par exemple, des enjeux soulevés par la récente polémique concernant les projets du Louvre à Atlanta et Abu Dhabi.

En un mot, quel bilan et quelles leçons tirons-nous des ambitions françaises en matière de démocratisation et d’accès de tous à la culture ? Le droit à la culture, dans l’égalité et dans la diversité, doit-il être un droit fondamental du citoyen français au 21e siècle ?

Va-t-on continuer longtemps à fabriquer des lois pour punir celles et ceux qui téléchargent de la musique et des films sur Internet ? Les intermittents du spectacle vont-ils rester longtemps à la marge des normes de la protection sociale ? Les universités françaises vont-elles rester longtemps aussi démunies alors que, partout ailleurs dans le monde, elles sont au cœur d’une vie culturelle riche et bouillonnante ?

Autant de questions dont l’urgence souligne d’abord le bilan désastreux de la droite, mais aussi, en creux, la vision de la société que défend aujourd’hui Nicolas Sarkozy et l’UMP.

Revenons un instant sur ce bilan sans perspective, marqué par trois échecs symptomatiques de l’action de l’actuelle majorité parlementaire dans le domaine culturel.

Echec de la réforme du statut des intermittents du spectacle, échec de l’adaptation de lois françaises sur la protection des droits d’auteurs à l’ère numérique, échec sur la démocratisation de l’accès à la culture en revenant notamment sur la décentralisation et l’éducation artistique dans les écoles.

Trois échecs majeurs sur fond de baisse constante des crédits consacrés à la culture qui signent l’impuissance totale de l’actuel Président de la République et de ses gouvernements successifs à donner une véritable place à la culture dans la vie de la nation.

Trois échecs majeurs qui témoignent d’une vision éculée de ce que la culture représente dans la vie des Français, et dans l’avenir de notre pays en Europe et dans le monde.

Tout cela est loin, à mon avis, d’être étranger à la crise morale que traverse le pays.

J’ai la conviction que la place accordée à la culture illustre l’idée que l’on se fait de la société, des valeurs que l’on veut défendre, d’une vision de la France que l’on veut porter.

La conviction que la culture est au cœur des transformations de la société, qu’elle contribue à forger l’esprit critique et à renforcer la citoyenneté, qu’elle est à la base même de la vocation humaniste et émancipatrice de la République.

Je pense aussi que la culture est un vecteur de croissance, un secteur économique à part entière, que les industries culturelles sont créatrices d’emploi et de richesses nouvelles, que la culture est au cœur de ce qui fait l’identité d’un pays, au cœur de la solidarité nationale.

Je crois enfin qu’investir dans la culture, c’est investir dans l’avenir, c’est à dire dans le savoir, la formation, la capacité d’initiative et de créativité. Investir dans la culture, c’est faire en sorte que tous les territoires puissent exprimer leurs richesses, développer un service public de qualité et devenir attractifs à l’échelle internationale.

La culture, je le sais bien par mon histoire personnelle de jeune femme d’origine populaire issue de l’immigration, est au cœur de tout ce qui rend possible l’ascension sociale et l’intégration.

La France, qui avait tant d’avance il y a vingt ans, est aujourd’hui en retard d’une ou deux révolutions culturelles. Pour toutes ces raisons, la prochaine politique culturelle de la France doit faire partie des sujets à partir desquels les Français devront se prononcer avant de choisir une voie pour leur avenir.

C’est pourquoi nous devons changer d’ère, et retrouver l’ambition qui a permis à la France, tant de fois dans son histoire, de placer la culture au cœur de son projet de société.

Nous devons retrouver le souffle, l’élan et l’audace des politiques culturelles qui ont toujours accompagné, et bien souvent, guidé la France dans son développement et dans son rayonnement.

Si je suis élue, et que la majorité parlementaire issue des urnes le permet, je ferai tout pour que la culture reprenne toute sa place dans la France et l’Europe de demain à travers cinq objectifs majeurs à atteindre lors de la mandature :

  • Engager un vaste plan pour la culture à l’ère du numérique ;
  • Développer l’enseignement des arts et de la culture à l’école ;
  • Relancer la décentralisation culturelle en région, dans les villes et les Universités;
  • Concerter un plan d’action ambitieux pour l’économie de la culture en France ;
  • Prendre l’initiative d’une nouvelle politique culturelle dans l’Union Européenne.

Je contribuerai de toutes mes forces à ce que le débat dépasse les postures idéologiques d’un autre temps car mon ambition est de faire autrement pour changer d’ère, et inventer une nouvelle politique culturelle pour notre temps.