Le Comité d’alerte et les comptes de l’Assurance maladie : la fin du mensonge ?
Par Najat, mercredi 30 mai 2007 à 13:22 :: Solidarité, Santé :: #70 :: rss
Durant la campagne présidentielle, j’avais eu l’occasion de relever que la manipulation des statistiques publiques était devenue une arme électorale.
Le cœur du débat a porté, vous vous en souvenez certainement, sur la question des chiffres du chômage, dont le gouvernement ne cessait d’annoncer des baisses spectaculaires, avec ce tour de force extraordinaire d’être capable d’annoncer un taux de chômage national alors qu’au niveau départemental les chiffres n’étaient pas encore connus. Avec le report de la publication de l’enquête emploi de l’INSEE au lendemain des élections, et le réajustement à la hausse par Eurostat des statistiques françaises, le mouvement de protestation des statisticiens a été un moment fort. Pour contester, en effet, les bons chiffres annoncés par le gouvernement comme autant d’arguments de campagne, les statisticiens de la DARES, de l’ANPE et de l’INSEE avaient décidé de se mettre en grève, fait inédit, mais qui en disait long sur le malaise de ces fonctionnaires tiraillés entre devoir de réserve et honnêteté intellectuelle. Ils ont alors fait le bon choix, un choix courageux, responsable et citoyen. Le collectif « les autres chiffres du chômage » estimant le taux réel du chômage à 9,8%.
On a moins parlé du déficit de l’Assurance maladie, alors même que l’on nous cachait une situation explosive. Il faut dire que l’annonce d’un mauvais chiffre aurait sans aucun doute rendu plus difficile le rôle de porte-parole du candidat UMP qu’occupait désormais Xavier Bertrand, ancien ministre de la santé.
La réalité se fait enfin jour aujourd’hui, j’aimerais y revenir car l’enjeu est de taille et le mensonge court depuis 2004 alors que le gouvernement de Lionel Jospin avait laissé des comptes quasiment à l’équilibre.
Evolution de l'équilibre budgétaire de l'Assurance maladie
Pour revenir sur l’historique, le plan de redressement mis en place en 2004 prévoyait un retour à l’équilibre en 2007. En réalité, le gouvernement a été contraint chaque année depuis 2004, de revoir à la baisse l’Objectif national d'évolution des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), ce qui est une façon de reconnaître que ses objectifs ne sont pas atteints. De fait, la loi de financement de la sécurité sociale pour 2007 procède de la même manière et table sur un déficit de 3,9 Mds euros. Le problème c’est que celui-ci semble aujourd’hui complètement irréaliste. Pour que l’objectif soit tenu, il faudrait une hausse annuelle des dépenses de 0,2% alors que l’exécution des premiers mois de l’année montre déjà des taux de progression de 5 à 6%. Les statistiques de la CNAMTS de ces premiers mois mettent en évidence une croissance sans précédent des remboursements en honoraires de généralistes (+11,4%) et un rebond spectaculaire des indemnités journalières (+6,8%).
Je voudrais faire deux constats :
Le premier c’est que la loi de 2004 n’a pas conduit à une modération la croissance des dépenses de santé, mais a essentiellement réduit le déficit en transférant des dépenses vers les ménages. Ces transferts, qui ont été particulièrement médiatisés quand ils ont pris la forme du déremboursement de médicaments, résultent de l’addition de mesures ponctuelles : forfait de un euro par acte, hausse du forfait hospitalier, création d’une franchise de 18 euros pour les actes d’une valeur de plus de 91 euros, restriction des actes bénéficiant d’un remboursement intégral pour les malades chroniques… Avec l’instauration de la franchise de soin annoncée pendant la campagne, c’est cette même logique qui sera mise en œuvre et qui risque de conduire à l’exclusion des plus pauvres du système de soin (une médecine à deux vitesses assumée par le gouvernement), alors que 13% des Français (et 23% des étudiants) renoncent déjà à se soigner correctement.
Le second constat, c’est que les chiffres ne sont pas sincères ; la réduction du déficit de l’assurance maladie présentée par le gouvernement est sans aucun doute très éloignée de la réalité des comptes. Chacun peut comprendre que cette question de la réduction du déficit est malaisée, on peut même admettre que le rythme de réduction du déficit soit plus lent que prévu, mais ce qui n'est pas tolérable, c'est de camouffler la réalité aux Français.
En 2004, le gouvernement avait décidé (et il vait raison de le faire) de mettre en place un dispositif de gestion de la dépense d’assurance maladie en cours d’année, qui confie à un Comité d’alerte le soin de tirer la sonnette d’alarme quand la dépense d’assurance maladie dépasse de 0,75% l’objectif voté par le parlement (soit 1 milliards d’euros). Or, chacun s’accorde depuis des semaines, voire des mois à considérer que le seuil de 0,75% est largement atteint. Qui peut prétendre en avoir sérieusement entendu parler pendant la campagne, alors même que l'alerte aurait dû être déclechée dès ce moment là, même si la presse (Les Echos, 22 mars) l’a plusieurs fois indiqué, sans être démentie ?
Dans son avis rendu le 6 avril, le Comité d’alerte se contente de souligner « Le surcroît de dépenses constaté en 2006 par rapport aux estimations qui avaient servi de base à la construction de l’ONDAM 2007, et le constat de la tendance des soins de ville au cours des derniers mois, rendront très difficile le respect de l’ONDAM 2007 ». Doux euphémisme qui témoigne surtout d’une grande complaisance du Comité d’alerte vis à vis du gouvernement sortant et en campagne.
Il aura donc fallu attendre le 29 mai, deux jours avant la date à laquelle il a l’obligation de se saisir, pour que soit enfin notifiée l’alerte et que soit révélée aux Français l’ampleur de la dérive que l’on estime à 2 milliards d’euros. A ce dépassement s’ajoute, en outre, le coût de la convention signée fin mars prévoyant une revalorisation de la consulation des généralistes à 22 euros au second semestre dont le coût pour 2007 devrait être de 130 M euros et le coût en année pleine de 500 M euros (si on anticipe sur la revalorisation à 23 euros promise pour l’année prochaine). Il est donc à craindre que le plan d’économie de 900 millions d’euros proposé par le Directeur de l’Assurance maladie.
Nous sommes encore en campagne, l’universalité dans l’accès au soin et la pérennité de notre système d’assurance maladie font partie de mes préoccupations. Je crois qu’elle réclament la plus parfaite transparence sur la réalité des comptes de l’Assurance maladie. Je ne souhaite pas de polémique, je veux de la sincérité pour pouvoir concevoir sérieusement et sereinement des solutions.
Je profite enfin de ce billet pour inviter ceux qui le souhaitent à la conférence que Thierry Philip donnera le 5 juin prochain, 20h00, à mon local de camagne (21 rue du Pr Weil, Lyon 6e) intitulée : "Système de santé : il y a urgence à élire des députés d'opposition".
Commentaires
1. Le mercredi 30 mai 2007 à 14:02, par Nad69
2. Le mercredi 30 mai 2007 à 15:23, par Simone
3. Le jeudi 31 mai 2007 à 00:03, par Kreelin
4. Le jeudi 31 mai 2007 à 00:07, par Kreelin
5. Le jeudi 31 mai 2007 à 03:02, par Pierre
6. Le jeudi 31 mai 2007 à 08:24, par Info
7. Le jeudi 31 mai 2007 à 18:08, par x
8. Le jeudi 31 mai 2007 à 18:57, par robespierre
9. Le jeudi 31 mai 2007 à 19:35, par Toni
10. Le jeudi 31 mai 2007 à 19:52, par Bertrand K
11. Le jeudi 31 mai 2007 à 20:12, par jps
12. Le jeudi 31 mai 2007 à 20:13, par jps
13. Le jeudi 31 mai 2007 à 21:21, par Pierre Armand
14. Le jeudi 31 mai 2007 à 21:30, par Dali
15. Le jeudi 31 mai 2007 à 21:43, par Gérard ELOI
16. Le jeudi 31 mai 2007 à 22:40, par Etienne
17. Le vendredi 1 juin 2007 à 23:00, par Laurent
18. Le samedi 2 juin 2007 à 00:05, par Etienne
19. Le samedi 2 juin 2007 à 10:46, par Gérard ELOI
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.