L'été de l'Université

Comme moi, vous avez suivi les débats sur l’autonomie des universités et ses enjeux. Je ne suis pas opposée à titre personnel à l’autonomie des Universités dès lors qu’elle s’entoure d’un certain nombre de garanties, mais je crois néanmoins utile de dire que deux priorités méritaient d’abord d’être prises en compte par le gouvernement :

  • l’urgence de donner plus de moyens à l’enseignement supérieur et à la recherche. La France est en queue des pays de l’OCDE pour la part de son PIB consacrée à l’enseignement supérieur, ce qui obère son développement économique et sa capacité à passer cette fameuse « frontière technologique » qui nous ferait entrer dans une économie d’innovation, seule capable aujourd’hui de créer de la croissance et des emplois. Sans cet effort important, le décrochage français, qui est déjà une réalité tangible, risque de s’aggraver.
  • L’accompagnement social des étudiants est défaillant, la réforme actuelle n’en dit pas un mot. Pourtant, le développement du salariat à concurrence des études ou les difficultés croissantes des étudiants à se loger montrent que cette question devrait être au cÅ“ur des préoccupations du gouvernement.

Enfin, pour en terminer rapidement avec cette question de l’Université, je voudrais revenir sur un article de Jacques Marseille dans Le Point, supporter inconditionnel du Président de la République qui soulignait la modicité des frais d’inscription à l’Université et plaidait pour une augmentation de ces droits qui permettrait à l’enseignement supérieur de trouver des marges de manœuvre financière, lui permettant de se rapprocher des standards internationaux.

Je voudrais formuler une critique et soumettre à votre appréciation une idée :

La critique de fond que l’on peut faire à Jacques Marseille, c’est de vouloir instaurer une sélection par l’argent à l’entrée des universités, ce qui me semble assez inique, d’autant que la ségrégation sociale à l’université est déjà une triste réalité.

Je pense en revanche fondé de dire que les moyens de l’Université sont très insuffisants (Jacques Marseille écrit même que le coût d’un étudiant à Paris IV La Sorbonne est inférieur à celui d’un élève de primaire !) et que l’augmentation des frais d’inscription pourrait permettre de retrouver des marges de manœuvre, mais pas dans n’importe quelles conditions.

Reprenant une étude du CERC (« Education et redistribution », 2003) et en se référant à quelques expérimentations étrangères, l’idée serait d’augmenter les frais d’inscription au niveau de celui des grandes écoles (env. 7000 euros) et de mettre en place concomitamment un prêt public dont le remboursement se ferait au prorata des revenus futurs. Ce système permettrait d’éviter la sélection par le marché bancaire et donc la discrimination sociale et permettrait de prendre en compte les facultés contributives futures. Un étudiant qui ne trouve pas d’emploi (dans un délai à déterminer) ne rembourserait pas ou peu son emprunt, celui qui décroche un emploi très bien rémunéré le rembourserait avec un taux d’intérêt supérieur à zéro. Ce remboursement pourrait se faire sur une longue période.

Ce n’est qu’une idée que je soumets à votre appréciation critique.

Les canards libérés

Daniel SchneidermannLes soupçons de collusion entre le pouvoir et les médias (ou en tous les cas leurs propriétaires) dénoncés comme des phantasmes durant toute la campagne présidentielle prennent aujourd’hui une dimension nouvelle avec la question du rachat des Echos par Bernard Arnault, la suppression de l’excellente émission de Daniel Schneidermann « Arrêt sur image » et le mouvement de révolte de journalistes aujourd’hui inquiets de leur indépendance.

Mesure de cette inquiétude, les syndicats de journalistes dans un appel commun demandent que « les principes éthiques deviennent juridiquement opposables, via le rattachement des chartes des droits et devoirs des journalistes à leur convention collective » et que "l'indépendance des rédactions soit consacrée par la loi ».

Si je partage l’inquiétude des journalistes, je voudrais néanmoins avoir une lecture optimiste de ces événements en relevant que c’est dans l’adversité que la liberté de la presse prend toute sa dimension et qu’à la faveur de ces événements semble renaître avec plus de force une presse d’opinion engagée qui avait semblé s’endormir depuis quelques années dans une douce torpeur. Jamais autant qu’aujourd’hui, me semble-t-il, Libération, Marianne, Les Inrocks ou le Nouvel Obs pour ne citer qu’eux n’ont été si acerbes dans leurs analyses de la vie politique, s’assignant même un rôle politique et social en participant au débat public et d’une certaine manière à la rénovation de la gauche.

Bilan critique de la campagne présidentielle

C’était l’objet de la réunion organisée par Ségolène Royal aujourd’hui à Paris. Équipe de campagne, soutiens et responsables socialistes étaient invités à livrer leur analyse de la campagne et des résultats du 6 mai. Passer au crible sans tabou cette aventure de près d’un an : un exercice pas facile, parfois douloureux mais une véritable nécessité pour un Parti qui a trop fait l’économie de l’autocritique ces dernières années. Ségolène devrait livrer les premières conclusions de ces réflexions à Melle pour sa rentrée politique le 25 août prochain, je lui en laisse évidemment la primeur...

Vacances, j'oublie tout

Frédéric BobinPour cette chronique, un petit conseil pour vos oreilles tout en douceur et subtilité : Frédéric Bobin, un jeune et très talentueux auteur, compositeur et interprête lyonnais que vous découvrirez avec bonheur. Un de mes coups de coeur depuis quelque temps déjà ...