Culture et développement

La chanteuse Cheba ZehouaniaJ’ai passé le week end dernier 36 h à Oujda, au Nord Est du Maroc, invitée à la première édition du festival international de Raï. Ce fut une grande réussite, avec une affluence record pour le concert de Cheb Khaled et une occasion aussi pour moi de revenir dans mon pays de naissance où je ne m’étais pas rendue depuis bien longtemps. Un moment émouvant que d’échanger quelques mots en tamazight avec quelqu’un d’autre qu’avec ma mère… Ce festival gratuit a attiré des spectateurs de toute la région avec une très belle programmation. L’ambition des organisateurs et de l’association « Oujda art » est de promouvoir le développement de cette région orientale rude et rurale, à l’écart des grandes zones touristiques et du développement économique. La culture comme levier du développement économique en somme.

L’évocation de la culture est aussi l’occasion pour moi de vous annoncer que j’ai rejoint l’exécutif du Conseil Régional Rhône Alpes et que je suis désormais en charge de la politique culturelle aux côtés de Jean Jack Queyranne. Je travaille pour la rentrée sur un programme sur lequel je reviendrai sur ce blog.

Ce déplacement m'a également permis de rencontrer des franco-marocains investis avec dynamisme et enthousiasme dans des projets de coopération. Je pense en particulier à Fatema HAL, restauratrice, ethnologue et conservatrice des traditions culinaires marocaines et à Adil BELGAID, vice champion du monde de judo. Cela m’a donné envie moi-même de construire quelque chose.

Les classes moyennes à la dérive

Un nouveau petit conseil de lecture, le bouquin de Louis Chauvel, Les classes moyennes à la dérive, toujours édité par Le Seuil et la République des idées que j’avais découvert en préparant un débat face à Laurent Wauquiez durant la campagne présidentielle. Il s’agit d’une étude tout à fait intéressante sur le délitement social des classes moyennes, c’est-à -dire de ce cœur de la société française qu’on peine à définir.Louis Chauvel

Pour ma part, pour traduire cette évolution sociale, sans me référer à un niveau de revenu, j’avais choisi de souligner un changement de définition : jusqu’au milieu des années 1980, les classes moyennes pouvaient se définir comme celles qui par les études ou par leur travail pouvaient espérer croître dans la hiérarchie sociale et des revenus ; aujourd’hui elles se définissent comme une catégorie de la population qui craint le déclassement social. Cette définition un peu abrupte souligne néanmoins la précarité de l’emploi et la panne de l’ascenseur social si souvent regrettée.

L’Afrique et nous

AfriqueLe voyage de Nicolas Sarkozy ressemble à tout sauf à une rupture, c’est en tous les cas le sentiment assez largement partagé de la presse africaine et sénégalaise en particulier, même si les raisons invoquées sont différentes. Il y a d’abord ceux qui constatent une certaine permanence de la Françafrique au delà du discours ; il est vrai que la visite au Président Bongo, au pouvoir depuis 1967, laisse circonspect quant au changement de pratiques, à l’heure où, enfin, la justice française s’intéresse au patrimoine immobilier du vieux chef de l’Etat gabonais. Le combat d’Eva Joly trouverait-il enfin écho dans notre pays ? il faut l’espérer.

Et puis il y a ceux qui ont vu dans le discours du président français un discours paternaliste, loin des préoccupations immédiates des Africains. Une intervention très marquée par le refus de la repentance (à laquelle je ne suis d’ailleurs pas favorable même si je considère que l’honneur de la France est de regarder son histoire telle qu’elle est, avec ses parts d’ombre), même si le chef de l’Etat dans un savoureux euphémisme qualifie la colonisation de « grande faute ».

La France parle donc du passé quand les Africains attendaient qu’on leur parle d’avenir, et se contente d’évoquer la perspective d’une Eurafrique au contenu nébuleux. Croire que les Africains sont obnubilés par cette question de la colonisation est une erreur d’analyse fondamentale. La jeune génération pense que les pays riches ont aujourd’hui une responsabilité parce qu’ils sont les promoteurs d’une mondialisation assassine pour les plus faibles et d’une fracture Nord Sud qui n’a jamais été aussi grande. Vouloir fuir cette responsabilité en la réduisant à un débat autour d’une dette indélébile que les anciens colonisateurs auraient contractée vis à vis de l’Afrique est une erreur profonde.

L’Afrique est forte parce qu’elle sait que son âge d’or est devant et pas derrière elle, c’est peut être précisément ce qui la distingue du vieux continent. Je n’ai rien entendu dans les propos du chef de l’Etat qui me laisse penser que cette aspiration au progrès ait été entendue, surtout lorsqu’il déclare : « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire (…). Jamais il ne s'élance vers l'avenir (…) Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout est écrit d'avance. (…) Il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. » Un problème d’identité nationale sans doute…