Forums de la rénovation

L’individu un être social

Individu et individualisme

Ce qui distingue la gauche de la droite dans son rapport à l’individu, c’est que pour la droite, l’individu est d’abord un être seul dont la marche ne doit être entravée par aucune intervention extérieure. C’est le libre jeu du marché qui doit permettre un bien être social optimal. Dans cette conception, ce sont toujours les mêmes qui s'en sortiront, toujours les mêmes qui seront abandonnés à ce qu'elle croit être leur destin de perdants (destin éventuellement déterminé génétiquement !). La droite ne distingue plus libéralisme politique et libéralisme économique.

Pour cette même droite, la société est la somme d’individus atomisés. L’émancipation a pour chemin privilégié l’individualisme. L’autre peut être même un frein à cette émancipation. La droite encourage certes les réussites individuelles mais n’ambitionne plus les réussites collectives. Elle fige le mérite à un moment de son histoire, favorise la reproduction sociale et l’économie de rente (le paquet fiscal de cet été en est l’illustration éclatante). Elle individualise les réussites au lieu d’en faire un horizon collectif. Le meilleur exemple en est sa politique de promotion de l’égalité qui consiste essentiellement à organiser la fuite des cerveaux de nos banlieues et à créer une élite, aux couleurs de la France certes, mais qui laisse le plus grand nombre sur le bord du chemin.

Individu, individus : un destin commun

Pour la gauche l’individu est par essence un être social. Il s’appréhende collectivement. Il n’y a pas d’antinomie ou de relation adverse entre l’individu et la société. La société, c'est-à-dire la communauté des individus, est même l’instrument de son émancipation. La libération de l’individu est une action collective. Emancipation par l’éducation, par le travail, par l’accès aux soins… Ce sont d’ailleurs là les termes de notre contrat social républicain. La crise vient de ce que celui-ci, faute de s’être renouvelé, ne tient plus toutes ses promesses.

Un contrat social en crise

Les individus dénoncent aujourd’hui les promesses non tenues du contrat social. Ils s’interrogent : puis-je espérer pour mes enfants une vie meilleure que la mienne ? Quel retour sur investissement puis-je attendre de ma contribution à la solidarité nationale, de mon travail… Les réponses à ces questions sont décevantes.

La crise du contrat social se mesure en particulier au changement, en une trentaine d’années, de nature des classes moyennes, qui constituent le cœur de la société française. Nous sommes passés de classes moyennes qui se définissaient comme celles qui pouvaient prétendre par leur travail ou par leurs études (ou celles de leurs enfants) progresser dans la hiérarchie sociale, à des classes moyennes qui se définissent aujourd’hui comme celles qui sont menacées par le déclassement social du fait notamment de l’instabilité de l’emploi et de la dévalorisation des diplômes. La méritocratie, moteur traditionnel de la mobilité sociale, et la justice sociale en sortent affaiblies.

De même, notre modèle social perd du crédit : notre système fiscal et social apparaît inéquitable et inefficace. Nous en sommes arrivés à une situation où notre pression fiscale est comparable à celles des pays scandinaves avec un bien être social à peine supérieur à celui des Etats-Unis. La répartition de la valeur ajoutée de plus en plus défavorable au travail, contribue à le dévaloriser. Les inégalités, enfin, s’accroissent et la pauvreté apparaît comme n’étant plus l’apanage des pays pauvres.

C’est de cette crise que jaillit l’individualisme, chacun individu reprenant d’une certaine manière sa liberté vis-à-vis de la collectivité, de façon plus ou moins manifeste ou plus ou moins violente (évasion fiscale, émeutes urbaines, abstention électorale, travail au noir, désyndicalisation…). La solidarité et la cohésion sociale s’en trouvent nécessairement atteintes. Le communautarisme, la xénophobie et le repli sur soi se développent. Les partisans du libre marché contestent la légitimité des interventions de la puissance publique et se gardent d’y laisser prospérer la démocratie.

Un nouveau destin commun

Penser l’individu collectivement, c’est s’interroger sur ce que vivre ensemble peut apporter de bien-être social supplémentaire à chacun. Les socialistes doivent notamment réaffirmer que la communauté des individus permet la mutualisation des risques, la redistribution des richesses et la mise en place d’un modèle social fondé sur la solidarité nationale. (Autant de capacités aujourd’hui contestées à l’Etat, mais reconnues notamment aux associations caritatives en pleine expansion)

Cela signifie concrètement que les socialistes doivent défendre des principes acquis de haute lutte et aujourd’hui mis à mal, comme la prise en compte des facultés contributives (il faut défendre la progressivité des prélèvements obligatoires et dénoncer la pratique des forfaits), comme l’efficacité et l’équité de notre système social et fiscal (aujourd’hui devenu anti-redistributif !). En filigrane cela pose la question de la définition de nouvelles solidarités, mais aussi de droits de l’homme modernisés (droit à l’accès aux soins, droit au logement, droit à l’information, droit au respect de la vie privée…) garantis par l’Etat. La question des services publics et du rôle de la puissance publique se trouve également posée. La gauche doit redéfinir un horizon commun fait de sécurité et de solidarité.

L’individu, un être singulier

Le socialiste postule l’émancipation et la liberté des individus. L’individu appréhendé comme un être collectif ne doit pas signifier la négation des individualités. Au contraire, nous devons garantir dans le respect de la laïcité, l’expression des identités propres à chacun.

L’individu et son identité

La question de l’individu apparaît dès lors indissociable de la question de son identité. La droite voudrait la réduire à des origines ethniques ou éventuellement à une prédétermination génétique. Elle voudrait que désormais chaque individu s’inscrive dans un espace culturel normé, dont un ministère dédié est aujourd’hui le garant : le ministère de l’Identité nationale. La normalisation des individus la conduit même à contester le statut de mineur (cf. remise en cause de l’Ord. de 1945 et de l’excuse de minorité) et à remettre en cause l’irresponsabilité pénale des malades mentaux.

La gauche doit clairement s’opposer à cette normalisation qui est symptomatique d’un recul de l’Etat de droit ; sans céder à la facilité du relativisme culturel, elle doit reconnaître et défendre la diversité culturelle comme une donnée dynamique de l’histoire de France.

Individu, vie privée et espace public

La gauche doit également redéfinir les contours de la vie privée et de l’espace public. Il faut d’une part défendre la liberté de l’individu de ne pas être réduit à des données biométriques, religieuses, culturelles ou ethniques compilées dans des fichiers plus ou moins sous contrôle, et sa liberté à vivre sa culture dans la sphère privée. Il faut d’autre part définir un espace public protégé par un principe de laïcité élargi à d’autres champs que la religion (protection de l’espace public, et donc des individus qui y évoluent, vis-à-vis d’intérêt privés).

Individu et individualisation

Dans notre société ultra médiatisée chacun veut se distinguer et être reconnu dans ses spécificités. Reconnaître les individus dans leurs singularités, c’est également être capable d’individualiser les politiques publiques, c'est-à-dire de s’adapter aux situations particulières. La promotion de l’égalité, c’est la reconnaissance du poids des habitus et des différences de capital social. Cette individualisation peut concerner de nombreuses politiques publiques : l’éducation, l’action sociale ou (sujet à la mode) les retraites avec la prise en compte de la pénibilité.

Individu et réussite individuelle

La droite a compris les ressorts de la valorisation des réussites individuelles et nous aurions tort de les mépriser. La gauche doit être aussi capable d’avoir un discours clair sur la réussite, elle ne doit pas avoir peur de les valoriser. Les individus ont besoins d’incitations.

Nous devrions (et cela nous distinguerait de la politique de la droite) avoir un discours valorisant la réussite dès lors qu’elle est l’expression du mérite. Il faut pour cela favoriser le risque et pénaliser la rente. Aujourd’hui, les possibilités de réussite semblent plus entravées que jamais par un manque de mobilité sociale. La richesse ne peut pas être concentrée entre les mains de quelques uns élus au bénéfice de la naissance.

Conclusion provisoire : Le socialisme est un humanisme, il permet à l’individu de s’épanouir individuellement et collectivement.

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La Commission :

Président : André Vallini

Rapporteurs : Mireille Le Corre et Najat Belkacem

Membres : Lucile Schmid, Régis Juanico, Elisabeth Guigou, Jérôme Guedj, Claude Pigement, Laurence Rossignol, Luc Broussy, Hervé Baro, Fanny Bullaert, Marc Deluzet, Françoise Geng, Alain Vidalies, Marie-Françoise Pérol-Dumont, Olivier Faure, Elisabeth Auerbacher, Akli Mellouli, Dominique Méda, Pascal Terrasse, Michel Yahiel, Frédéric Cuvillier, Marisol Touraine, Thierry Repentin, Bariza Khiari, Gilles Bon-Maury, Alain Bergounioux, Thierry Mandon, Jean-Pierre Caffet, Dominique Bertinotti, Vincent Léna, Mao Peninou, Jacques Généreux, Stéphane Travert, Olivier Ferrand, Pascale Boitard.