Forums de la rénovation : les socialistes et l'individu
Par Najat, mardi 16 octobre 2007 à 23:47 :: Société :: #91 :: rss
Bonsoir à tous ! Comme vous le savez le parti socialiste a engagé dans le cadre de sa rénovation, trois forums dont vous trouverez la charte sur le site du parti socialiste. Je suis, avec Mireille le Corre, rapporteuse de la Commission chargée, sous la Présidence d'André Vallini, de travailler sur le thème "les socialistes et l'individu : Refonder les solidarités, lutter contre les inégalités, émanciper les individus : vers un nouveau contrat social"
La commission bénéficie de l'appui et de la collaboration du secteur études du Parti socialiste et du Comité économique social et culturel (CESC). Elle doit veiller à mutualiser et à rendre accessibles à tous les militants, par le recours aux moyens de communication les plus modernes, les analyses et les propositions recueillies au fur et à mesure de leurs travaux. A cette fin un forum et des blogs ont été mis en place et je vous invite à les découvrir. Je vous livre par ailleurs ma première contribution qui est un essai de mise en perspective de nos travaux. Merci des éléments que vous pourrez apporter à la réflexion. De nombreux membres de la commission ont également remis des contributions et procèderont à des auditions de personnalités qualifiées.
La restitution de ce forum aura lieu le dimanche 20 janvier 2008.
L’individu un être social
Individu et individualisme
Ce qui distingue la gauche de la droite dans son rapport à l’individu, c’est que pour la droite, l’individu est d’abord un être seul dont la marche ne doit être entravée par aucune intervention extérieure. C’est le libre jeu du marché qui doit permettre un bien être social optimal. Dans cette conception, ce sont toujours les mêmes qui s'en sortiront, toujours les mêmes qui seront abandonnés à ce qu'elle croit être leur destin de perdants (destin éventuellement déterminé génétiquement !). La droite ne distingue plus libéralisme politique et libéralisme économique.
Pour cette même droite, la société est la somme d’individus atomisés. L’émancipation a pour chemin privilégié l’individualisme. L’autre peut être même un frein à cette émancipation. La droite encourage certes les réussites individuelles mais n’ambitionne plus les réussites collectives. Elle fige le mérite à un moment de son histoire, favorise la reproduction sociale et l’économie de rente (le paquet fiscal de cet été en est l’illustration éclatante). Elle individualise les réussites au lieu d’en faire un horizon collectif. Le meilleur exemple en est sa politique de promotion de l’égalité qui consiste essentiellement à organiser la fuite des cerveaux de nos banlieues et à créer une élite, aux couleurs de la France certes, mais qui laisse le plus grand nombre sur le bord du chemin.
Individu, individus : un destin commun
Pour la gauche l’individu est par essence un être social. Il s’appréhende collectivement. Il n’y a pas d’antinomie ou de relation adverse entre l’individu et la société. La société, c'est-à-dire la communauté des individus, est même l’instrument de son émancipation. La libération de l’individu est une action collective. Emancipation par l’éducation, par le travail, par l’accès aux soins… Ce sont d’ailleurs là les termes de notre contrat social républicain. La crise vient de ce que celui-ci, faute de s’être renouvelé, ne tient plus toutes ses promesses.
Un contrat social en crise
Les individus dénoncent aujourd’hui les promesses non tenues du contrat social. Ils s’interrogent : puis-je espérer pour mes enfants une vie meilleure que la mienne ? Quel retour sur investissement puis-je attendre de ma contribution à la solidarité nationale, de mon travail… Les réponses à ces questions sont décevantes.
La crise du contrat social se mesure en particulier au changement, en une trentaine d’années, de nature des classes moyennes, qui constituent le cœur de la société française. Nous sommes passés de classes moyennes qui se définissaient comme celles qui pouvaient prétendre par leur travail ou par leurs études (ou celles de leurs enfants) progresser dans la hiérarchie sociale, à des classes moyennes qui se définissent aujourd’hui comme celles qui sont menacées par le déclassement social du fait notamment de l’instabilité de l’emploi et de la dévalorisation des diplômes. La méritocratie, moteur traditionnel de la mobilité sociale, et la justice sociale en sortent affaiblies.
De même, notre modèle social perd du crédit : notre système fiscal et social apparaît inéquitable et inefficace. Nous en sommes arrivés à une situation où notre pression fiscale est comparable à celles des pays scandinaves avec un bien être social à peine supérieur à celui des Etats-Unis. La répartition de la valeur ajoutée de plus en plus défavorable au travail, contribue à le dévaloriser. Les inégalités, enfin, s’accroissent et la pauvreté apparaît comme n’étant plus l’apanage des pays pauvres.
C’est de cette crise que jaillit l’individualisme, chacun individu reprenant d’une certaine manière sa liberté vis-à-vis de la collectivité, de façon plus ou moins manifeste ou plus ou moins violente (évasion fiscale, émeutes urbaines, abstention électorale, travail au noir, désyndicalisation…). La solidarité et la cohésion sociale s’en trouvent nécessairement atteintes. Le communautarisme, la xénophobie et le repli sur soi se développent. Les partisans du libre marché contestent la légitimité des interventions de la puissance publique et se gardent d’y laisser prospérer la démocratie.
Un nouveau destin commun
Penser l’individu collectivement, c’est s’interroger sur ce que vivre ensemble peut apporter de bien-être social supplémentaire à chacun. Les socialistes doivent notamment réaffirmer que la communauté des individus permet la mutualisation des risques, la redistribution des richesses et la mise en place d’un modèle social fondé sur la solidarité nationale. (Autant de capacités aujourd’hui contestées à l’Etat, mais reconnues notamment aux associations caritatives en pleine expansion)
Cela signifie concrètement que les socialistes doivent défendre des principes acquis de haute lutte et aujourd’hui mis à mal, comme la prise en compte des facultés contributives (il faut défendre la progressivité des prélèvements obligatoires et dénoncer la pratique des forfaits), comme l’efficacité et l’équité de notre système social et fiscal (aujourd’hui devenu anti-redistributif !). En filigrane cela pose la question de la définition de nouvelles solidarités, mais aussi de droits de l’homme modernisés (droit à l’accès aux soins, droit au logement, droit à l’information, droit au respect de la vie privée…) garantis par l’Etat. La question des services publics et du rôle de la puissance publique se trouve également posée. La gauche doit redéfinir un horizon commun fait de sécurité et de solidarité.
L’individu, un être singulier
Le socialiste postule l’émancipation et la liberté des individus. L’individu appréhendé comme un être collectif ne doit pas signifier la négation des individualités. Au contraire, nous devons garantir dans le respect de la laïcité, l’expression des identités propres à chacun.
L’individu et son identité
La question de l’individu apparaît dès lors indissociable de la question de son identité. La droite voudrait la réduire à des origines ethniques ou éventuellement à une prédétermination génétique. Elle voudrait que désormais chaque individu s’inscrive dans un espace culturel normé, dont un ministère dédié est aujourd’hui le garant : le ministère de l’Identité nationale. La normalisation des individus la conduit même à contester le statut de mineur (cf. remise en cause de l’Ord. de 1945 et de l’excuse de minorité) et à remettre en cause l’irresponsabilité pénale des malades mentaux.
La gauche doit clairement s’opposer à cette normalisation qui est symptomatique d’un recul de l’Etat de droit ; sans céder à la facilité du relativisme culturel, elle doit reconnaître et défendre la diversité culturelle comme une donnée dynamique de l’histoire de France.
Individu, vie privée et espace public
La gauche doit également redéfinir les contours de la vie privée et de l’espace public. Il faut d’une part défendre la liberté de l’individu de ne pas être réduit à des données biométriques, religieuses, culturelles ou ethniques compilées dans des fichiers plus ou moins sous contrôle, et sa liberté à vivre sa culture dans la sphère privée. Il faut d’autre part définir un espace public protégé par un principe de laïcité élargi à d’autres champs que la religion (protection de l’espace public, et donc des individus qui y évoluent, vis-à-vis d’intérêt privés).
Individu et individualisation
Dans notre société ultra médiatisée chacun veut se distinguer et être reconnu dans ses spécificités. Reconnaître les individus dans leurs singularités, c’est également être capable d’individualiser les politiques publiques, c'est-à-dire de s’adapter aux situations particulières. La promotion de l’égalité, c’est la reconnaissance du poids des habitus et des différences de capital social. Cette individualisation peut concerner de nombreuses politiques publiques : l’éducation, l’action sociale ou (sujet à la mode) les retraites avec la prise en compte de la pénibilité.
Individu et réussite individuelle
La droite a compris les ressorts de la valorisation des réussites individuelles et nous aurions tort de les mépriser. La gauche doit être aussi capable d’avoir un discours clair sur la réussite, elle ne doit pas avoir peur de les valoriser. Les individus ont besoins d’incitations.
Nous devrions (et cela nous distinguerait de la politique de la droite) avoir un discours valorisant la réussite dès lors qu’elle est l’expression du mérite. Il faut pour cela favoriser le risque et pénaliser la rente. Aujourd’hui, les possibilités de réussite semblent plus entravées que jamais par un manque de mobilité sociale. La richesse ne peut pas être concentrée entre les mains de quelques uns élus au bénéfice de la naissance.
Conclusion provisoire : Le socialisme est un humanisme, il permet à l’individu de s’épanouir individuellement et collectivement.
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La Commission :
Président : André Vallini
Rapporteurs : Mireille Le Corre et Najat Belkacem
Membres : Lucile Schmid, Régis Juanico, Elisabeth Guigou, Jérôme Guedj, Claude Pigement, Laurence Rossignol, Luc Broussy, Hervé Baro, Fanny Bullaert, Marc Deluzet, Françoise Geng, Alain Vidalies, Marie-Françoise Pérol-Dumont, Olivier Faure, Elisabeth Auerbacher, Akli Mellouli, Dominique Méda, Pascal Terrasse, Michel Yahiel, Frédéric Cuvillier, Marisol Touraine, Thierry Repentin, Bariza Khiari, Gilles Bon-Maury, Alain Bergounioux, Thierry Mandon, Jean-Pierre Caffet, Dominique Bertinotti, Vincent Léna, Mao Peninou, Jacques Généreux, Stéphane Travert, Olivier Ferrand, Pascale Boitard.
Commentaires
1. Le mercredi 17 octobre 2007 à 11:26, par Gérard ELOI
2. Le mercredi 17 octobre 2007 à 11:43, par Charles
3. Le mercredi 17 octobre 2007 à 12:26, par Henri
4. Le mercredi 17 octobre 2007 à 20:38, par Gérard ELOI
5. Le mercredi 17 octobre 2007 à 20:56, par Gérard ELOI
6. Le jeudi 18 octobre 2007 à 11:58, par fandenajat
7. Le jeudi 18 octobre 2007 à 17:48, par asse42
8. Le jeudi 18 octobre 2007 à 17:50, par Anais
9. Le jeudi 18 octobre 2007 à 18:07, par Gérard ELOI
10. Le jeudi 18 octobre 2007 à 23:48, par François-Xavier B.
11. Le vendredi 19 octobre 2007 à 13:02, par asse42
12. Le vendredi 19 octobre 2007 à 13:31, par Najat
13. Le vendredi 19 octobre 2007 à 13:37, par Arnaud Pécrel
14. Le vendredi 19 octobre 2007 à 17:31, par bruno
15. Le vendredi 19 octobre 2007 à 17:38, par SERGIO
16. Le vendredi 19 octobre 2007 à 21:59, par JERONIMO
17. Le samedi 20 octobre 2007 à 12:53, par Corinne Arquillière
18. Le samedi 20 octobre 2007 à 14:45, par Sniper Hood
19. Le samedi 20 octobre 2007 à 15:34, par filou
20. Le samedi 20 octobre 2007 à 15:54, par Gérard ELOI
21. Le samedi 20 octobre 2007 à 20:25, par ROM
22. Le dimanche 21 octobre 2007 à 14:19, par hafrit
23. Le lundi 22 octobre 2007 à 10:18, par jim
24. Le lundi 22 octobre 2007 à 10:49, par Gérard ELOI
25. Le lundi 22 octobre 2007 à 11:58, par Corinne Arquillière
26. Le lundi 22 octobre 2007 à 13:47, par mariane de Marrakech
27. Le lundi 22 octobre 2007 à 15:01, par asse42
28. Le lundi 22 octobre 2007 à 21:15, par Chris(ancien chris ..)
29. Le lundi 22 octobre 2007 à 22:30, par Gérard ELOI
30. Le mardi 23 octobre 2007 à 00:45, par Chris(ancien chris ..)
31. Le mardi 23 octobre 2007 à 00:53, par Chris(ancien chris ..)
32. Le mardi 23 octobre 2007 à 13:27, par bastien
33. Le mardi 23 octobre 2007 à 20:20, par François-Xavier B.
34. Le mardi 23 octobre 2007 à 22:01, par Chris(ancien chris ..)
35. Le mardi 23 octobre 2007 à 23:46, par Corinne Arquillière
36. Le mercredi 24 octobre 2007 à 00:14, par stoplepen (et sarko)
37. Le mercredi 24 octobre 2007 à 09:53, par bastien
38. Le mercredi 24 octobre 2007 à 11:21, par Gérard ELOI
39. Le mercredi 24 octobre 2007 à 21:40, par Najat
40. Le jeudi 25 octobre 2007 à 13:02, par Sniper Hood
41. Le jeudi 25 octobre 2007 à 14:41, par FP NICOLAS
42. Le jeudi 25 octobre 2007 à 16:06, par bastien
43. Le jeudi 25 octobre 2007 à 16:07, par Aménité
44. Le vendredi 26 octobre 2007 à 14:10, par François-Xavier B.
45. Le vendredi 26 octobre 2007 à 16:34, par Duncan
46. Le vendredi 26 octobre 2007 à 17:13, par Chris(ancien chris ..)
47. Le samedi 27 octobre 2007 à 11:00, par Chris(ancien chris ..)
48. Le samedi 27 octobre 2007 à 11:32, par Chris(ancien chris ..)
49. Le samedi 27 octobre 2007 à 11:37, par Gérard ELOI
50. Le samedi 27 octobre 2007 à 15:15, par mozer
51. Le samedi 27 octobre 2007 à 15:36, par Corinne Arquillière
52. Le samedi 27 octobre 2007 à 21:04, par Chris(ancien chris ..)
53. Le samedi 27 octobre 2007 à 22:53, par Corinne Arquillière
54. Le dimanche 28 octobre 2007 à 02:19, par hafrit
55. Le dimanche 28 octobre 2007 à 16:42, par Chris(ancien chris ..)
56. Le dimanche 28 octobre 2007 à 16:54, par Chris(ancien chris ..)
57. Le dimanche 28 octobre 2007 à 21:47, par Corinne Arquillière
58. Le lundi 29 octobre 2007 à 03:22, par hafrit
59. Le lundi 29 octobre 2007 à 13:04, par Corinne Arquillière
60. Le mercredi 31 octobre 2007 à 18:59, par Chris(ancien chris ..)
61. Le dimanche 2 décembre 2007 à 10:32, par adonis
62. Le mardi 4 décembre 2007 à 07:34, par gfdg
63. Le mercredi 2 janvier 2008 à 21:43, par garreau
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