L’obsession ethnique

Il y a d’abord cette obsession ethnique qui habite une frange de la droite française, dont l’écho raisonne dans les abus de langage assumés, assimilant les jeunes des banlieues à des racailles; dans les raccourcis sur l’immigration, l’excision, le mariage forcé, la polygamie et l’égorgement des moutons; dans les amalgames entre promotion de l’égalité et prévention de la délinquance qui font des victimes de la discrimination des délinquants en puissance; dans le soutien affiché aux statistiques ethniques; dans la promotion d’un ministère de l’immigration et de l’Identité nationale qui n’a pour objet que de désigner à la vindicte populaire des boucs émissaires et fait frémir même Simone Veil; ou encore dans la reprise d’un slogan historique du front national, « la France tu l’aimes ou tu la quittes ».

Tout dans ces mots, dans ces actes, dans ces propositions témoigne d’une lecture « ethniciste » des rapports sociaux qui n’a pas de précédent dans l’histoire de notre République.

La politique « racialiste » de l’immigration

Il y a ensuite cette approche très « racialiste », pour reprendre les termes de Patrick Weil, de la politique de l’immigration. Une politique de restriction des droits des étrangers, de reniement du droit d’asile, de durcissement des conditions du regroupement familial, qui n’hésite pas à recourir aux tests ADN et à dire son intention de mettre en place de quotas par origine géographique. Une politique fondée sur la suspicion généralisée et récurrente envers les étrangers qui en vient désormais à menacer le vivre ensemble en stigmatisant une part non négligeable de la population vivant en France et de leurs enfants qui y sont nés, comme le fruit d’une immigration subie, c'est-à-dire non désirée.

Patrick WeilUne politique qui plaide pour le partenariat avec l’Afrique, mais qui joue les Tintin au Congo en déclarant à Dakar : « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire (…). Jamais il ne s'élance vers l'avenir (…) Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout est écrit d'avance. (…) Il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. » Un problème d’identité nationale sans doute… sans commentaire !

La frontière génétique

Et puis il y a ces propos nauséabonds tenus à Michel Onfray durant la campagne, par celui qui n’était pas encore président, sur les explications génétiques de la pédophilie et du suicide des jeunes.

Il y a aujourd’hui cet amendement Mariani qui fait voler en éclats le consensus précieux de la loi bioéthique qui éloignait les utilisations de la génétique contraires à notre idée de la civilisation et de la liberté et qui rassemble contre lui les Républicains de tout bord.

La constance et la cohérence des opinions du Président de la République dans ce domaine depuis de très nombreuses années montrent bien qu'il s'agit bien du socle d’une pensée en expansion.

Les réactions sidérées et inquiètes des scientifiques, des responsables religieux, des intellectuels et de la plupart des politiques de notre pays ne peuvent être tenus pour de vaines polémiques politiciennes.

La justice au garde à vous

Il y a aussi ce rapport à la justice ou plutôt aux juges dont l’indépendance chagrine.

Aux attaques directes contre l’institution, accusée de ne pas faire son travail et de trahir le peuple, a désormais succédé la bien commode « justice automatique » (Serge Portelli) et le principe de vérité des sentences (« Truth in sentencing »). La mise en place des peines planchers, que les députés UMP avaient pourtant refusé d’instaurer sur la proposition d’un de leur collègue en février 2004, a remis en cause le principe d’individualisation des peines, prenant le risque que la justice ne protège plus la liberté de personne, mais ne soit plus que l’expression d’une volonté répressive de punir coûte que coûte, mineurs comme malades mentaux dont les statuts ou l’irresponsabilité sont sacrifiés sur l’autel d’une « victimocratie » qui aura son juge et qui se nourrit de tous les drames médiatisés ; prenant le risque aussi que la peine prononcée soit injuste, c'est-à-dire pas comprise et donc inefficace, ignorant, selon les mots de Montesquieu déjà, que « lorsque la peine est sans commune mesure, on est souvent obligé de lui préférer l’impunité ».

Une caporalisation de la mémoire

Il y a enfin cette « caporalisation de la mémoire » comme dit Jean-Pierre Azema, et ce curieux regard sur notre histoire, des bienfaits de la colonisation à cette France rêvée qui « n'a pas commis de crime contre l'humanité, ni cédé à la passion totalitaire » (Nicolas Sarkozy). Sans aucun doute la France n'a-t-elle pas à rougir de son histoire, mais à force de relire notre histoire sans honte, on fini par s'arranger avec la vérité. Or l'honneur de la République, c'est de regarder notre passé sans honte ni orgueil, mais telle qu'elle a été.

Les polémiques autour de la création d’un Institut d’études sur l’immigration et l’intégration rattaché au ministère l’Immigration et de l’Identité nationale ou de la lecture de la lettre de Guy Mocquet ne signifient pas autre chose qu’une tentative d’écriture politique de l’hisoire en même temps, justement, que de dépolitisation de l’histoire.

Avec Philippe Val de Charlie Hebdo en Conférence On ne peut manquer d’être frappé – et effrayé – de la convergence des propos et des actes. Que l’on y prenne garde, sous des dehors de restauration énergique de la France, c’est au crépuscule de l’humanisme que l’on assiste.

La vérité c’est qu’une certaine droite est la tenante d'un ultra-libéralisme bien compris, celui du laisser-faire et du laisser-aller. Avec elle, ce seront toujours les mêmes qui s'en sortiront, toujours les mêmes qui seront abandonnés à ce qu'il croit être leur destin de perdants.

Prenons garde, la trahison des valeurs n’est jamais la voie de la rupture.