La Tribune de Lyon

« La prison, ce n'est pas automatique : le Groupe National de Concertation Prisons a choisi de brandir cette évidence à l'occasion des 14èmes Journées des Prisons. Une conviction qu'il convient de faire partager à nos concitoyens et à leurs représentants à l’heure de la promotion d’une justice automatique assise sur une prétendue « vérité des sentences''.

Aux acteurs de Trop c'est trop, campagne pour le respect du numerus clausus en prison, lancée à Lyon début 2006 et qui vise à inscrire dans la loi pénitentiaire l'absolue nécessité de mettre fin à la surpopulation carcérale, le GNCP apporte ainsi la seule réponse qui vaille : il existe des peines alternatives à l'incarcération ! Travail d'intérêt général, sursis avec mise à l'épreuve, placement sous surveillance électronique, amende, les outils, à l’efficacité reconnue, sont légion. Leur simple usage suffirait à mettre un terme à une part importante du scandale des prisons françaises, dénoncé par toutes les formations politiques et par tous les acteurs de la prison.

Mais voilà, nous sommes ainsi faits : nous identifions le problème, nous connaissons la solution et personne n'a fait le choix, jusqu'à ce jour, de l'imposer. Désormais, c'est l'heure.

La Loi Guigou sur la présomption d'innocence du 15 juin 2000 prévoyait le respect de l'encellulement individuel à compter du 15 juin 2003. Trois jours avant l'expiration du délai et à la faveur d'un amendement, cet instant décisif était porté à la mi-juin 2008. C'est-à-dire demain.

Nous disons haut et fort qu'il n'y a pas d'inéluctabilité à installer deux, trois, voire quatre personnes dans une cellule d’une place. Nous rappelons que la surpopulation carcérale est facteur de violence, de troubles psychiatriques, de ruptures sociales et de récidive et surtout qu’elle constitue une négation insupportable de nos valeurs humanistes.

Certains pensent et disent même tout haut qu'une personne qui a enfreint la loi mérite plus que la simple privation de liberté. Elle mériterait de souffrir du mal particulier qui consiste à ne plus s'appartenir, à subir les violences nées d'une situation dont nul d'entre nous ne sortirait indemne. Il est ainsi aujourd'hui une puissance publique qui peut infliger ce que le Comité européen pour la prévention de la torture qualifie de « traitement cruel, inhumain ou dégradant ». Quelle considération la justice est-elle en droit d'attendre après un tel déni ?

Dans un avenir proche, Lyon et sa proche région vont être dotées d'un nombre de places de détention inégalé. Qu'on en juge : 690 places à la prison de Corbas, en cours de construction, 60 places pour mineurs, en service à Meyzieu, 600 places à Bourg-en-Bresse et 600 places à Roanne. Sans compter les 60 places programmées de l'hôpital-prison du Vinatier…

Nous sommes ainsi faits que nous les remplirons et sans doute de plusieurs détenus par cellule. A moins que…

A moins que nous prenions enfin conscience que la prison n’est pas hors de la république, hors de la cité, hors de l’humanité et qu’elle doit tout au contraire, parce que s’y exerce la puissance publique, être un lieu sanctuaire de nos valeurs les plus fondamentales. A moins que nous admettions collectivement que l’on ne transige pas avec l’impératif de dignité humaine sans remettre en cause les fondements même de la société que nous voulons bâtir pour demain. A moins enfin que nous refusions de laisser nos convictions vaciller face à la facilité, à la peur ou aux obstacles techniques.

Najat VALLAUD BELKACEM Conseillère régionale Rhône Alpes déléguée à la culture

Bernard BOLZE Militant associatif Coordinateur de la campagne « Trop c’est trop » , pour un numerus clausus en prison