Pouvoir d’achat en berne

pouvoir d'achat Il y a d’abord la question du pouvoir d’achat qui avait été au cœur de la campagne présidentielle et que la loi TEPA (travail, emploi et pouvoir d’achat) devait accroître. En fait d’augmentation du pouvoir d’achat et du choc de confiance qui devait stimuler notre économie, l’augmentation du SMIC a été contrainte, l’inflation n’a jamais été aussi forte, nos comptes publics sont catastrophiques, la croissance est atone, notre déficit commercial gigantesque (traduisant le recul de notre compétitivité) et notre système fiscal et social plus anti-redistributif que jamais !

A la multiplication des déremboursements sont venues s’ajouter les franchises médicales, contributions forfaitaires, qui ne tiennent pas compte des niveaux de revenus et pénalisent notamment les malades chroniques. L’annonce d’une cinquième branche de la sécurité sociale consacrée à la dépendance aurait pu passer pour une bonne nouvelle si elle ne s’était accompagnée de l’annonce simultanée d’un recours à l’assurance individuelle pour son financement, c’est-à-dire de l’instauration d’un système qui ne bénéficiera qu’à ceux qui auront les moyens de se la payer. Les lunettes par exemple, dont la ministre de la santé vient d’annoncer la probable prise en charge à 100% pour les mutuelles, seraient-elles devenues dans ces conditions un simple objet de confort ? Mon œil ! Cette promotion de l’assurance individuelle cache mal le recul de notre système social et le développement d’un système de protection sociale à deux vitesses. Je serais de mauvaise foi si je concluais à l’absence total de hausse du pouvoir d’achat. Le paquet fiscal a bien profité à quelques Français. Grâce au bouclier fiscal, 1000 contribuables dont la fortune est supérieure à 15,5 millions d’euros ont bénéficié chacun d'une baisse d’impôts de 270.000 euros. C’est aux mêmes contribuables, plus quelques autres hauts revenus, qu’avait déjà bénéficié la réduction du nombre des tranches de l’impôt sur le revenu ou que bénéficie la suppression de l’impôt sur les successions et les déductions des intérêts d’emprunt immobilier de l’impôt sur le revenu.

Quant aux mesures en faveur des heures supplémentaires, « travailler plus pour gagner plus », le premier bilan est très défavorable puisque la mesure coûte plus cher aux finances publiques qu’elle ne rapporte aux salariés et que leur nombre n’a pas augmenté dans des proportions significatives, preuve que les heures supplémentaires ne se décrètent pas.

Au total, ces 15 milliards € de dépenses fiscales et de baisses d’impôts ont en effet bien amélioré le pouvoir d’achat … des plus riches ! Pour les classes moyennes à la dérive et pour les plus pauvres, c’est ceinture : baisse des allocations familiales, augmentation erratique du minimum vieillesse, progression des salaires contenue, remise en cause de la carte famille nombreuse (auquel le gouvernement a renoncé in extremis !), difficultés à financer dans le public les mesures Woert et pas d’argent pour le RSA…

Seule voie de salut ? la RGPP, la révision générale des politiques publiques, autre nom dorénavant de la rigueur, avec le désormais dogmatique principe de non remplacement d’un départ à la retraite sur deux mettant à mal le fonctionnement et la qualité de nos services publiques et de l’école en particulier, alors que la courbe démographique offrait pour la première fois depuis longtemps l’occasion d’une vraie politique de ciblage avec les résultats positifs que l’on sait sur la réussite scolaire. Les lycéens, les élus locaux, les fonctionnaires s’inquiètent à raison de cette situation. Ce qui coûte cher, c’est de ne pas investir dans l’éducation.

Triste Justice

Triste justice La Justice a été également particulièrement maltraitée ces derniers mois : ça a commencé avec les peines plancher ; Aux attaques directes contre les magistrats, accusés de ne pas faire leur travail et de trahir le peuple, a désormais succédé la bien commode « justice automatique » et le principe « so american » de vérité des sentences. Ca a ensuite continué avec la réforme de la carte judiciaire, taillée à la hache, sans concertation et animée d’une stricte logique d’économie là où personne ne remettait en question la nécessité de sa modernisation. Et puis il y a eu la loi sur la rétention de sûreté qui fait de l’enfermement la clef de voûte de la politique de prévention de la récidive. Une loi inique qui ouvre la possibilité d’enfermer les auteurs de crimes graves à leur sortie de prison pour une durée potentiellement infinie, sans nouveau jugement sanctionnant une nouvelle infraction, mais simplement parce qu’ils auront été considérés dangereux ; enfermés non pas pour des crimes commis, mais pour ceux qu’ils pourraient commettre. Bref, la promotion d’une justice du fait divers, de l’émotion, une justice rendue au nom des victimes et non plus au nom du peuple français, bref une justice qui venge… Et c’est sans parler des chantiers ouverts destinés à revenir sur l’irresponsabilité pénale des malades mentaux ou à durcir la justice des mineurs en revenant sur le principe de pédagogie des sanctions de l’Ordonnance de 1945.

De quoi remplir nos prisons, déjà bondées, en ignorant leur état déplorable et les « traitements inhumains et dégradants », selon les termes retenus par le Conseil de l'Europe, qui en résultent pour les 64 000 détenus (120 détenus pour 100 places en moyenne) qui s’endorment chaque soir derrière les barreaux…

Faut il néanmoins espérer qu’elles ne se vident (un peu) avec la dépénalisation du droit des affaires… no comment !

Diplomatie de la cécité

khadafi Notre diplomatie, celle d’un « vieux pays d’un vieux continent » dont même Villepin nous avait rendu fier, n’a pas meilleure allure. La diplomatie de la cécité a pris le pas sur la diplomatie des droits de l’homme, on visite nos vieux complices comme Omar Bongo au pouvoir depuis 1967 ; étonnante continuité avec la France-Afrique dont Jean-Marie Bockel se voulait le pourfendeur avant d’être lui-même pourfendu. On accueille nos nouveaux amis comme Kadhafi (Paris vaut bien une centrale nucléaire…), on baisse les yeux devant les puissants russes ou chinois… On s’aligne sur les Américains, (la rupture à tout prix, même avec de Gaulle !), au point d’envisager de rejoindre le commandement intégrer le l’OTAN ou de renforcer notre engagement militaire en Afghanistan sans consulter la représentation nationale…

Une diplomatie, enfin, qui plaide pour le partenariat avec l’Afrique, mais qui joue les Tintin au Congo en déclarant à Dakar : « l'homme africain n'est pas assez entré dans l'Histoire (…). Jamais il ne s'élance vers l'avenir (…) Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout est écrit d'avance. (…) Il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. »

Politique migratoire racialiste

On pourrait aussi parler de cette politique migratoire « racialiste », de ce ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale qui participe d’une "banalisation du racisme" selon le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme. De ce productivisme des reconduites à la frontière avec des objectifs chiffrés, des restrictions aux droits des étrangers, du reniement du droit d’asile, du durcissement des conditions du regroupement familial, des tests ADN et des quotas ethniques, de cette suspicion généralisée et récurrente envers les étrangers qui en vient désormais à menacer le vivre ensemble en stigmatisant une part non négligeable de la population vivant en France et de leurs enfants qui y sont nés, comme le fruit d’une immigration subie, c'est-à-dire non désirée.

Laïcité positive ?

Laïcité Il me revient aussi à l’esprit le discours prononcé à Saint-Jean-de-Latran qui prétend que l’Instituteur ne peut éclairer la distinction du bien et du mal comme le fait le pasteur ou le curé, un discours qui disqualifie l’autonomie de jugement dont l’école laïque assure la promotion. Ce n’est pas seulement la laïcité qui est ainsi mise en cause, mais notre modèle républicain.

Il y a ensuite cette affirmation des racines chrétiennes de la France (ce qui, soit dit en passant, est un fait), une formule qui signifie surtout que sans croyance, il n'y a pas d'association politique, ce qui revient au nom d’une prétendue « Identité nationale » à mettre au banc de l’histoire de France pas mal de monde et à faire de la communauté nationale une juxtaposition de communautés particulières et des représentants des cultes des interlocuteurs politiques qui parleraient au nom de ces communautés. Le Président se présente d’ailleurs lui même comme un représentant de communauté alors qu’on attendrait de lui qu’il parle au nom de la communauté nationale. Lorsque, enfin Nicolas Sarkozy dit croire à la nécessité de croire, il proclame en fait la supériorité de la religion sur les autres types de convictions, là où je plaide pour ma part, au nom de la liberté de conscience, au droit de ne pas croire. La laïcité c’est comme le rappelle Henri Pena-Ruiz « la pleine égalité des athées, des agnostiques et des divers croyants ».

On s’interroge et on s’inquiète : à quand la reconnaissance des sectes comme mouvements religieux, ce que la directrice du cabinet du Président ou lui même dans son ouvrage avait laissé se dessiner ? à quand même l’introduction du créationnisme dans les manuels scolaires… « Tout devient possible »… comme disait le slogan de campagne…

J’aurais aussi pu parler de cette caporalisation de la mémoire, de cette convocation de l’Histoire à des fins politiques d’autant plus douteuses que le regard sur notre histoire est curieuse, des propos sur les bienfaits de la colonisation, que les obsèques nationales d’Aimé Césaire n’effaceront pas, à cette France rêvée qui « n'a pas commis de crime contre l'humanité, ni cédé à la passion totalitaire » pour reprendre les termes de celui qui n’était alors que candidat.

J’aurais pu rappeler ces propos nauséabonds tenus à Michel Onfray durant la campagne, par celui qui n’était pas encore président, sur les explications génétiques de la pédophilie et du suicide des jeunes alors que le chantier de la révision du bien contrariant Comité national d’éthique est ouvert.

J’aurais pu parler de l’enterrement du Grenelle de l’environnement et des atteintes récentes à notre intégrité alimentaire par la loi sur les OGM ou encore de la banalisation du Livret A, socle du financement du logement social qui conduira à un tarissement des financements, à un accroissement des prix, à une inégalité de financement entre organismes et territoires, à une faible prise en compte des plus pauvres, moins « solvables », à l’absence de continuité et de pérennité d’un haut niveau de ressources garanties.

Mais il faut bien arrêter ce bilan, à charge j’en conviens, mais je n’ai rien inventé…